mardi 8 mai 2007

L'absence

Bonjour Sandrine

Si ARTUS va bien ?
Je n’en sais rien.
Je l’espère.

N’étant pas maître des réactions de sa mère, j’évite de l’appeler trop souvent pour qu’il n’ait pas à subir une trop grosse pression. C'est une auto censure, mais je n'ai pas le choix...

Je suis sensé le voir vendredi, mais nous allons surement subir une nouvelle non présentation d’enfant. Madame met en place ce qu’elle a demandé en appel à savoir me supprimer les WE et dit à ARTUS que je ne veux pas le voir.

Je comprends, ce que peut ressentir ta fille de 17 ans. Je comprends la sincérité de ta demande. Mais peu être est il déjà trop tard...

Rien ne sert de stigmatiser ce père qui visiblement n’a pas appris à l’être. Peu être fait il parti, de ces êtres sans vergogne qui ne s’occupent que de leur nombril. Au féminin comme au masculin, on ne peut rien face à ce type de personne. Mais je ne crois pas que ce soit ce que je perçois entre tes lignes

L’absence d’un enfant est tellement douloureuse, que certains pères, lors des séparations, se réfugient dans la négation de leur paternité pour ne pas souffrir, pour ne pas s’écrouler.

On n’est pas père parce que sa compagne est enceinte. On le devient à la naissance d’un enfant à condition qu’on ait la place de le devenir. Que l’on puisse apprendre à être père. Et ce n’est pas inné, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est les mères qui font des hommes des pères, en leur offrant de la place, en les laissant approcher des enfants.

Moi aussi, j’ai failli tout lâcher, sous la violence sociale que je subissais, sous les coups de boutoir de la justice et les fausses accusations et éloignement imposés de mes ex-compagnes.

Pour ARTUS, c’est VIVIEN en sortant du juge des enfants à Marseille qui m’a dit : « Papa, maintenant il faut que l’on retrouve notre petit frère ». Sa mère avait déménagé sans laisser d’adresse. Impossible pour moi de saisir un juge des affaires familiales, car il faut avoir la résidence de l’enfant. Je n’avais plus de nouvelles depuis plus d’un an. Si ARTUS n’avait pas eu de grand frère, je crois qu’il serait aujourd’hui comme ta fille, à se chercher une paternité absente et à en souffrir. Sa mère continuerai de dire ce qu’elle chantait à tous : que je ne m’occupais pas de lui, que je voulais pas le voir. Elle dit actuellement à qui veut l’entendre, que je refuse de le voir les WE, alors qu’elle me fait subir des non présentations d’enfant chaque WE.

Je suis personnellement pour la garde alterné, parce que cela évite d’exclure un des parents et que cela laisse à chacun la place d’apprendre à devenir parent. Cela impose de ne pas s’éloigner dans l’intérêt de l’enfant. Mais n’est ce pas cela le plus important : l’intérêt de l’enfant.

Cela implique de faire des sacrifices personnels au niveau de son travail et de son ambition, certes. Mais peux tu imaginer Sandrine, quels sacrifices j’ai du faire depuis douze ans pour avoir le droit de voir mes fils seulement une fois par mois et souvent moins encore ? Est-ce raisonnable de devoir mettre toute sa vie en suspend pour seulement avoir le droit d’être papa ?

Si dans ma situation, mes ex ont eu l’initiative, c’est notre société qui a décidé de faire des pères des moins que rien ayant avant tout un devoir de carte bleu. Des pères que l’on stigmatise à chaque problème et pourtant à qui l’on n’a jamais laissé la place de devenir père. En France, plus d’un tiers des enfants de couple séparé ne voient plus le parent qui n’a pas la garde, qui est le père dans la majorité des cas. Et ceci, seulement au bout de trois ans de séparation. On peut faire comme beaucoup d’association féminine et dire c’est de leur entière faute. Ces hommes lâches, qui n’assument pas leur paternité. Je fais parti d’eux. J’ai juste eu un peu plus de chance. Au vu de ce que j’ai vécu, je trouve cela un peu facile et je ne crois pas que la ténacité qu’il m’a fallu pour être papa soit donnée à tout le monde, car je n’aurai pas réussi sans une famille et des amis pour me soutenir. J’ai failli tout lâcher de nombreuses fois. J’ai même pensé à en finir. Alors je comprends en parti le père de ta fille qui s’il n’est pas un véritable salopard (il y en a), s’est peu être enfui pour ne pas trop souffrir de ce qu'on lui a interdit.

Pour ta fille, c’est dur, extrêmement dur, parce qu’elle n’y est pour rien. L’absence est un vide qu’il est souvent dur ou impossible à combler. Même avec des rêves et des illusions.

Il y a quelques années j’ai soutenu une jeune femme dans la recherche de son père. Une fois le père retrouvé. Elle m’a dit : « Le plus dur maintenant est de savoir que c’est un mec bien et que j’ai perdu toutes ces années au foyer sans pouvoir le voir… (à cause de l’alcoolisme de sa mère la miss avait été placée, la mère avait fait croire à sa fille et à l’institution qu’elle n’avait pas de père, elle n'a appris l'existence de son vrai père qu'à la mort de sa mère) ». Je lui ai répondu que sa vie était devant maintenant et qu’ils avaient encore le temps de faire de belles choses. Ils ont réussi à se ré adopter.

J’espère que ta fille arrivera à apprivoiser cet homme qui ne sait pas encore être son père. Cela ne sera pas facile. Car le temps merveilleux de l’insouciance est loin. Ce temps si facile de l’innocence quant les enfants rendent gâteux parents et grands parents. Ce temps qui fait, que les parents deviennent chaque jour un peu plus des parents, à condition d'en avoir le temps, la possibilité et l'envie. Un WE de temps en temps, comme l'accorde royalement les juges, est souvent bien insuffisant pour tisser des liens assez forts pour qu’ils résistent aux tests parfois violents de l’adolescence. une fois que la distance a été prise c'est plus difficile. Et cela les juges n'en n'ont rien à faire, les dégâts à moyen terme c'est pas leur problème. de toute façon il n'ont aucun outils pour mesurer les conséquences réelles de leurs décisions...

Pardon pour ma franchise mais des réactions comme la tienne, j'en reçois toutes les semaines. Toutes les semaines la même complainte de mère débordées contre ces pères absents dont on attend qu'ils solutionnent comme par miracle des problèmes d'adolescence de grands enfants qu'ils connaissent à peine. Mon point de vu est certainement orientée par ma difficile expérience personnelle...

Bon courage à toutes les deux

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